Défi musical : Je te décevrai

Il y a entre trois et quatre ans, j’ai pris la décision de m’essayer à écrire en prenant des chansons qui m’inspiraient en guise de bases. L’un des textes que cela a donné est le suivant, dit « Je te décevrai », qui se centre autour de la fin de la vie d’un antagoniste que j’ai créé par le passé pour Wakfu (quand j’entamerai les pages de présentations de personnages, cherchez celle de Silk Mortemain !). Avec le recul et les années, je ne suis pas très satisfait de ce texte, mais c’était un de mes premiers essais d’utiliser une chanson comme base, donc, ça a sa place ici !

La chanson qui a ici servi de base est I Will Fail You de Demon Hunter.

Je te décevrai

Quelques minutes après minuit, notre affrontement venait de finir. Ils avaient vaincu. J’avais perdu. Tous mes espoirs, toute ma personne, tout ce qui m’avait mené ici n’avait maintenant plus de sens. J’allais mourir, je le savais. Mes actes ne pouvaient être pardonnés. Tuer les miens. Les torturer. Leur faire subir le Mal. Pour moi, cela avait eu du sens. Maintenant qu’ils m’avaient arrêté, plus aucun. Avant de fermer définitivement les yeux, je décidai de regarder une dernière fois devant moi. Fermer les yeux, hein ? Non, dans mon cas, on allait probablement me les arracher, comme je le leur avais fait. Je réouvrai les miens avec difficulté, le sang partiellement séché sur mes paupières n’aidait pas. Malgré tout celui-ci, malgré toutes mes blessures, je ne sentais plus rien. Peut-être était-ce l’adrénaline. Peut-être le moment précédant le grand froid.
Il était là. Il me regardait, fixement. Lui, que j’avais torturé. Lui, dont j’avais tué la famille. Lui, dont j’avais pris soin par le passé. Il leva la main, et les autres s’arrêtèrent. Il devait vouloir me finir lui-même. Je vis ses lèvres bouger. Je vis les autres trembler. Mes tympans avaient visiblement lâché, puisqu’aucun son ne me parvenait. Puis, il se retourna, leur fit face, agita les bras comme s’il donnait des ordres. Ils semblèrent tous surpris, l’espace d’un instant. L’une d’entre eux s’avança vers moi. Il l’avait donc autorisée à porter le coup de grâce. Le froid venait. La dernière chose que je sentirais, probablement.
Je refermai les yeux, m’abandonnant enfin à ce repos. Je l’avais mérité. Tant d’années. Tant d’années passer à se battre. Tant d’ignominies commises. Tant de Mal causé. Tant de Mal accepté. Tant de folie. Le meilleur du pire, c’était ce que j’avais été. Ce froid et cette absence de sensations étaient en train de disparaître. Était-ce ça, la mort ? Une gigantesque douceur pour une personne fatiguée ?
C’est alors que je l’entendis hurler.

– Debout ! Tu n’as pas le droit de mourir, enfoiré ! Après tout ce que t’as fait, tu crois que tu vas t’en tirer comme ça ?

Je vois…Soigner pour mieux torturer, place à l’agonie alors. Je sentis mes blessures se refermer. Dans un haut-le-coeur, je crachai le sang qui s’était coincé dans ma gorge. Et de nouveau, il était en train de hurler.

– Je t’ai dit de te lever, connard ! Tu vas pas me lâcher là. Pas après tout ça, je suis pas allé jusque là pour que tu crèves.

Mes yeux s’entrouvrirent. Je devais voir son expression. L’expression de l’homme qui allait me torturer. Le sang séché craquela et commença à tomber. Il pleurait. Mon coeur se serra. Je croyais qu’il était mort il y a longtemps, pourtant. Mais il se serrait. Pourquoi pleurait-il ? Était-ce une crise de nerfs ? Une crise de rage ? Arrivait-il enfin à pleurer toutes mes victimes ?
Mais de nouveau, il hurla.

– Reviens. Reviens parmi nous. Reviens où on en était. Tu peux encore le faire ! Tu peux encore être l’un des nôtres !

Mon visage s’embua. Mon sens de l’esthétique me rappela brièvement que je devais être horrible à voir. Sang et larmes mélangés sur mon visage. Une horreur. Mais ça n’avait plus la moindre importance, où nous en étions. Il…me donnait une chance. Mais je n’y avais pas le droit.

– …peux…plus…articulai-je difficilement.
– Tu la fermes, tu te laisses soigner, et tu rentres avec moi ! On est plus à une horreur près, toi et moi ! A l’avenir, on sera ensemble. Avec tous les autres. Ensemble, tu m’entends ?
– …te déce…vrai…suis…sûr…
– Je t’ai dit de la fermer, putain ! On va en sortir ensemble.
– Je…Je te rappellerai…la souffrance, éternellement. Je…te décevrai, finis-je par dire quand mes cordes vocales furent en meilleur état. J’en suis sûr. Je te l’ai dit. Et un jour, de nos mémoires, le destin reviendra nous jouer son tour.
– Et tu crois que j’en ai quelque chose à faire, de tout ça ? Je suis allé jusque là pour te récupérer. Je te pardonne, tu comprends ? Je te pardonne ! On oubliera pas. On ne peut pas oublier. Mais on travaillera à ce que tu contrebalances. Vis contre ce que tu as fait. Vis pour ceux que tu as blessés. Vis pour ceux que tu as tués. C’est ce que je te donne, et ce que je t’obligerai à faire. Viens avec moi.

Mes larmes coulaient. Je ne savais pas. Les questions affluèrent dans mon esprit. Cet homme était meilleur que moi. En tant qu’être humain, en tant que combattant, et en tant qu’ami. Il ne me restait qu’à me rendre. Mes poumons se remplirent d’une grande bouffée d’air frais. Le retour du son de mon coeur m’apparut comme une berceuse. Le sommeil venait. Avant de m’écrouler, il fallait que je le lui dise.

– Je te décevrai…Jusqu’à la fin de nos vies. Mais…Je m’en remets à toi. Je…


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