Défi hebdomadaire : Rencontre des deux autres types

Le thème de ce défi était « Triangle », et la contrainte donnée était « Interdiction d’utiliser un autre mot de forme géométrique ». J’ai donc abordé ça via un récit en… triangle. C’est ce que ça m’a inspiré. C’était pour moi une occasion de travailler les voix de différents personnages, ce que je pense devoir encore considérablement creuser.

Partie 1 : Shatter

« Shatter », un nom qui en cette période sombre de l’histoire du super-héroïsme retentit au sein d’Abracadabra, cité-berceau de la magie. Un écho aussi gracile que dangereux d’une époque révolue. Un nom qui effraie les super-héros et les menace. Un auto-proclamé justicier à l’identité inconnue qui ne laisse aucune trace, outre des victimes brisées. Ses crimes ont une signature bien particulière : ses victimes voient ce avec quoi elles ont commis des crimes brisé. Un mage-ingénieur responsable de la création d’une bombe utilisée dans la dernière guerre a été retrouvé avec l’esprit brisé, incapable d’aligner deux pensées. Presque un légume. Un célèbre tueur en série qui éliminait ses victimes avec des chaussures cloutées a eu les deux chevilles réduites à néant, il ne marchera plus jamais. Une femme qui usait de ses charmes pour piéger des hommes et leur soutirer de l’argent a eu sa beauté brisée ; ce n’est plus qu’une femme ridée et malformée, au visage en miettes. Un homme qui battait sa femme et la violait régulièrement est devenu stérile – de force. « Shatter » est vu par certains comme un héros, mais reste un criminel de la pire espèce.

Aujourd’hui, « Shatter » va encore frapper. Ilyria Fay, aussi connue comme « Mademoiselle Fée », fille de joie dont la notoriété de haute-classe n’est plus à faire, a été invitée dans le plus grand secret au domicile de Sirius Sacken, un baron de la drogue abracadabrant. Elle y a pénétré, et s’est isolée avec lui, comme prévu, dans sa chambre. Elle le pousse à lui parler de son faux-manoir, construit au sein d’un bloc d’immeubles. Un informateur y travaillant lui a donné les plans d’un passage secret situé dans la chambre qu’elle utilisera pour s’échapper vers une ruelle proche, mais vérifier l’information par le biais de sa cible est toujours utile. Comme toujours quand Mademoiselle Fée se représente, nul ne peut voir qui il est outre son client. Elle est déguisée de la tête aux pieds. Nul ne sait qui elle est outre celui-ci. Immonde pourceau qu’il est, Sacken verrouille les portes de la chambre – le message est clair. Elle l’attire vers le lit. Et enfin… Elle le plaque dessus, et lui place son talon sur le ventre.

– Sirius Sacken. Baron du crime répandant la drogue, le meurtre, le crime et la dépendance au sein de notre cité en usant de vos mots comme d’une arme. Par le pouvoir que la Providence m’a conféré, je vous punis.
– Qu- ! Gar-

Elle appuie sur son talon, lui coupant le souffle avant de rabattre l’autre dans son menton pour qu’il se taise.

– Silence, pourceau. Vos mots ne pourront plus jamais blesser quiconque. Vous n’êtes plus rien. A partir de maintenant.

Elle pose ses mains sur celles de sa cible. Un craquement sonore lui répond. Puis un autre, un autre, encore un autre. En quelques secondes, les mains du porc deviennent inutilisables. Aucun médecin n’y changera quoi que ce soit. Mais ce n’est pas fini… Alors qu’il la supplie du regard, « Shatter » vient saisir la gorge et la langue de sa victime. Son corps réagit immédiatement : ses cordes vocales se tordent à l’unisson, l’empêchant d’appeler au secours, avant de se déchirer avec une inéluctable violence. Sa langue, elle, se replie sur elle-même et se boursoufle, s’atrophiant horriblement tandis que tout moyen de communication est enlevé au Baron. Sans mains ni voix, même la magie ne peut rien pour lui.
Sans attendre, elle jette son déguisement au bas et se précipite vers un chandelier. Elle tire le chandelier et ouvre le passage secret. Elle se glisse dans le passage secret et se précipite vers la ruelle. Elle court pour s’extirper de la ruelle et se prépare à ralentir à l’entrée dans la grande rue. Soudain, au moment d’en sortir, elle voit deux silhouettes se précipiter devant elle, l’une par la gauche, l’autre par la droite. Et leurs trois voix, ensemble, grognent :

– Dégagez de mon chemin !

Partie 2 : Melty

Le grand jour approche. Issu d’une petite famille de comiques à l’humour douteux, Melty Veil a toujours détesté son prénom, source de brimades dues à sa connotation féminine alors même que Melty est un homme. Son prénom d’origine devait être Jordan. Un nom normal. Correct. Qui passe partout. Et qui ne produit aucun problème. Mais non, quand il a, à sa naissance, accidentellement fait fondre le lit pour bébé sur lequel on l’a placé, ses parents ont trouvé cela magnifiquement drôle et ont décidé de l’appeler « Melty ». Et tenter de légalement changer son prénom n’y a rien changé. Les juges n’ont pas voulu ; après tout, qui écouterait un garnement des bas-fonds de Rougevoile, le bas-quartier d’Abracadabra ? Personne. Et c’est tout cela qui l’a poussé à passer du mauvais côté, et à rejoindre les fripouilles. Avant ses déboires avec les juges, Melty était plutôt sage, malgré son pouvoir. Après ? Il a compris les inégalités qui habitaient Abracadabra, et s’est engagé chez les Rebelles ; un grand nom pour un syndicat du crime organisé abracadabrant. Il a lentement mais sûrement grimpé les échelons, et il y a trois jours, on l’a mis sur une mission : un braquage. Son rôle ? Faire fondre la porte du coffre-fort. A Abracadabra, les méta-humains n’étaient pas choses courantes avant ces dix dernières années. Et la banque cible n’est peut-être pas la plus grosse, mais elle n’est pas équipée contre le pouvoir de Melty. Alors, évidemment, son rôle est crucial. Et il en est fier.

– Melty ? Prêt ?
– Oui, boss. A votre signal.

Il enfile sa cagoule, met ses gants, faits sur mesure pour résister à son pouvoir et l’amplifier, et finit de se préparer.

– Alors… On y va !

Ses « collègues » s’activent, pénètrent dans la banque. Il les suit. Tout se passe sans encombre. Une fois à l’intérieur, il évite les clients de la banque et va droit vers les coffres. Le boss rompt les sorts de protection ; Melty fait fondre le coffre-fort. Il pénètre à l’intérieur, et le boss lui dit de remplir leurs sacs d’argent. Il le fait. Mais il remarque que les sacs ne seront pas assez grands. Il se retourne pour poser une question au boss quand une balle passe à côté de sa joue, l’éraflant. Le boss vient de lui tirer dessus. Il n’a aucune idée de pourquoi, mais il a peur. Il lève les mains vers le boss, dans un geste défensif. Et inconsciemment, il déclenche son pouvoir. Le boss fond en peu de temps. Melty panique. Il prend deux des sacs et active son pouvoir ; un mur entier fond. Il passe à travers et retire sa cagoule. Melty est en plein milieu grande rue, et les passants le regardent. Pas de temps à perdre, il fonce sur la gauche et court à toute vitesse. Rapidement, il entend les sirènes volantes non loin de lui. Il se souvient qu’il existe une ruelle à ciel couvert non loin, de quoi distancer ses poursuivants.

– Vous, là ! Arrêtez-vous ! Au nom de la Loi, arrêtez-vous !
– Au nom de l’Ordre et de la Magie, arrêtez-vous !

Melty n’aime pas ce bruit. Quelqu’un se prépare à lancer un sort. Il n’y a pas de temps à perdre, pas d’autre solution, se dit-il. Il tourne ses mains vers la gauche et fait fondre un pan de maison, qui menace alors de s’effondrer. Cela devrait retenir les polisorciers un moment. Il se précipite vers la ruelle, mais en face de lui, quelqu’un menace de lui rentrer dedans, tandis qu’à gauche, quelqu’un sort précipitamment de la ruelle. Ni une ni deux, il prend une inspiration. Et leurs trois voix, ensemble, grognent :

– Dégagez de mon chemin !

Partie 3 : Fedesor

Fedesor Luhtenmajic. C’est le nom que l’être se donne. Autrefois, on l’appelait « Fée des Sorts » ou « Lutin Magique ». Mais Fedesor en a eu plus qu’assez. Pourquoi devrait-ce être une fée ou un lutin, hein ? Qui ose le forcer à être une fée ou un lutin ? Alors que Fedesor n’est que Fedesor ? Être incomparable, être supérieur, être sans égal, et… ? Quoi, sa taille ? Voyons, ce n’est pas le sujet. Non, non. Ce n’est pas important. Non, vraiment, ce n’est pas important.

SILENCE ! Quand je narre mon histoire, vous vous taisez. C’est MON histoire. JE disais donc.

Être sans égal, et plus futé que nul ne pourrait l’être, qui fait perpétuellement les quatre cents coups et se joue de sorciers comme de mages. C’est Fedesor qui dans son incommensurable grâce et son infinie générosité a appris la magie à ces imbéciles d’humains. C’est autour de sa maison que la cité a été fondée. Les humains sont venus un par un demander à Fedesor de leur apprendre son art. Et puis leurs maisons ont grandi, avec le temps. Et puis, maintenant, de sa maison on ne voit même plus le ciel. Il y a tellement de bâtiments construits autour que Fedesor est obligé de se téléporter pour partir de chez lui, ou de passer par une de ces antres pour créatures terrifiantes que les humains appellent « E. G. O. U. T. S. », sans doute l’acronyme d’  «Effroyable et Gigantesque Ouverture vers l’Ultime Terreur Souterraine». Et ça, ça, ça, c’est INACCEPTABLE ! Vous ne pensez pas ? On devrait pouvoir voir le ciel de là où on vit, qu’importe qui on est. On devrait pouvoir sortir de chez soi sans se téléporter. Parce que hein, qu’est-ce qu’il se passe le jour où la magie ne marche plus ? Hein ? Eh bah on est bloqué chez soi. Et ça, ça, ça, vous voyez, ce n’est pas possible. On doit pouvoir partir de chez soi. Parce que chez soi c’est pas très grand, et c’est à l’ombre. Et que Fedesor Luhtenmajic a besoin de partir de chez lui quotidiennement pour se nourrir. Parce que chez Fedesor, on stocke pas la nourriture. C’est pas propre ça. Il n’y a que les humains qui le font. La nourriture ça ne se garde pas chez soi. Et donc, Fedesor est allé en ville pour jouer un tour à ces satanés nourrissons d’humains qui l’empêchent de voir le soleil. Fedesor a utilisé un sort de métamorphose pour se transformer en humain fringant. Et puis Fedesor est allé dans la rue, et a joué à envoyer des malédictions sur les passants. Ils le méritent, ce ne sont que des humains qui lui bouchent le Soleil et qui ne reconnaissent même pas que c’est FEDESOR qui leur a appris la magie. Invraisemblable ! Le summum de la malpolitesse ! Ce mot n’existe pas ? Ce mot n’existe pas ? Ça, ça, ça…

J’ai dit SILENCE ! Je vous transforme en salsifis sinon, Monsieur le Polisorcier !

Je préfère quand vous vous taisez. Et donc, l’incommensurable Fedesor Luhtenmajic a fini par attirer l’attention des Polisorciers. Un Polisorcier s’est approché et a demandé à Fedesor qui il était. Alors, Fedesor l’a transformé en crapaud. La politesse dit qu’on se présente avant de demander aux autres qui ils sont. Et puis, on assume pas leur genre. Surtout quand ils ont cent fois votre âge. Et puis, Fedesor s’est mis à parler avec le Polisorcier. Pour lui expliquer son erreur, et soud-… Des bruits qui font «PIM-PON » au-dessus de nous ? Argh, il faut y aller. On y va, Monsieur le Polisorcier. On se met donc à courir. Et d’en haut on nous crie dessus !

– Vous, là ! Arrêtez-vous ! Au nom de la Loi, arrêtez-vous !
– Au nom de l’Ordre et de la Magie, arrêtez-vous !

Alors on court, on court, on court, on court. Et là on voit une entrée au milieu des bâtiments. Donc on va s’y engouffrer, comme ça les imbéciles d’humains se prendront le bâtiment en voulant poursuivre ! Quels idiots ces humains ! Mais un humain arrive en face de Fedesor Luhtenmajic et va s’engouffrer dans la ruelle lui aussi, un autre sortant au même moment! Alors Fedesor tire sur ses poumons humains transformés, et leurs trois voix ensemble, grognent !

– Dégagez de mon chemin !

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